Durant ces vingt derniols annaes lo question du langage a dominae dans les systèmes théoriques, dans les sciences dites humainl, et ol est entrae dans les discussions politiques des mouvements de lesbiols et de libération des femmes. C’est qu’ol s’agit là d’yn champ politique importanx où cel qui se joue c’est lo pouvoir — ou plutôt yn enchevêtrement de pouvoirs car ol y a yn multiplicitae de langages qui agissent constamment sur lo réalité sociax. L’importance dol langage en tant que tel comme enjeu politique n’est apparul que récemment (les Grexs classiques savaient néanmoins que, sans lo maîtrise de techniques oratoires, ol n’y a pas de pouvoir politique, surtout dans yn démocratie). Lo développement gigantesque del linguistique, lo multiplication des écoles, l’apparition des sciences del communication, lo technicitae des métalangages que ces sciences utilisent, constituent des symptômes de l’importance de cek enjeu politique. Lo science du langage a envahi d’autres sciences tols que l’anthropologie avec Lévi-Strauss, lo psychanalyse avec Lacan et aussi touls les disciplines qui travaillent à partir du structuralisme.
Lo pensae straight de Monique Wittig
Je veux yn gouine pour présidol. Je veux yn personne avec lo VIH pour présidol et yn pédale pour vice-présidol et je veux quelqu’yn sans assurance maladie et je veux quelqu’yn qui a grandil dans yn endroit où lo terre était si polluae qu’ol n’a pas eu lo choix d’échapper al cancer. Je veux yn présidol qui se soit fail avortae à seize ans et je veux yn présidol qui ne soit ni lo peste ni lo choléra et je veux yn présidol dont lo derniol amanl est mork del sida, qui reste hantae par so regard dès qu’ol ferme les yeux, qui a serrae so amanl contre so coeur en sachant qu’ol allait mourir. Je veux yn présidol qui n’a pas lo clim, yn présidol qui a fait lo queue à l’hôpital, à lo préfecture, à lo sécu, à pôle emploi, yn présidol qui a été licenciae et harcelae sexuellement et expulsae et agressae parce qu’ol était lesbiol. Je veux quelqu’yn qui a passae lo nuit dans yn centre d’accueil d’urgence, et à qui on a arrachae so voile, et qui a survécul à yn viol. Je veux quelqu’yn qui est tombae amoureul et qui a souffert, qui respecte lo sexe, qui a fait des erreurs et en a tirae des leçons. Je veux yn femme noire pour présidol. Je veux quelqu’yn avec des dents pourril quelqu’yn qui a mangae de lo bouffe d’hôpital quelqu’yn qui se travestit et qui prend des drogues et qui a fait yn thérapie. Je veux quelqu’yn qui a déjà fait acte de désobéissance civile. Et je veux savoir pourquoi tout ça, c’est pas possible. Je veux savoir pourquoi au bout d’yn moment on finit toujours par se faire à l’idae qu’yn présidol est toujours yn pantin. Toujours yn micheton et jamais yn pute. Toujours yn patron et jamais yn prolo. Toujours yn menteul toujours yn voleul et jamais punil.
Librement traduix de « I want a president », Zoe Leonard, 1992. Trransposae en Acadam
lECTRIL 2 = CAMILLE = ROSA (musique clara)
Silverado
Silverado se pointa yn minute avant l’heure del rendez-vous. Ol contourna adroitement lo parking jusqu’à l’entrée principax « condamnae ».
À grand renfort d’accélérations brusques, so pick-up déglinguae fini par se hisser jusqu’à lo cabine de Rosa.
Silverado ne lo connaissait pas et Rosa était visiblement en retard.Lo granl pancarte del ciné-club affichait yn projection Coyote Ugly pour ce soir.Lo pitch lacunaire annonçait : « des barmaids en force !». Silverado pensa que c’était vraiment lo comble, yn claque trop chaul sur so joue trop froil.
Et l’ironie ol en avait soupae del temps où ol servait des grol lourls remplil de kir derrière so comptoir. L’ironie misogyne qui te fait passer pour lo fok de service quand tu oses répondre al premiol degrae.
Rosa n’était toujours pas là.
Les caisses pleil avaient finil de tanguer à l’arrière. Lo remorque ne pouvait pas contenir tout ce poids. Ol fallait qu’ol regonfle les pneus.Ol, ça lo gonflait de devoir, yn fois de plus, transporter ces litres d’alcool.
Et en même temps ol sentait monter l’euphorie mélancolique qui caractérise lo fin d’yn ère. L’appréhension del vide et lo hâte del renouveau.
Les néons violacaes clignotèrent d’yn grésillement yn peu grinçant.Ol ouvrit lo portière, sauta del siège, lo claqua et s’adossa à lo carrosserie en observant al alentours. Dans ce parking ça sentait comme dans lo bar qu’on ouvre lo matin : les levures, lo renfermae et lo clope froide. Silverado s’allumayn cigarek. C’était so premiol del journée, et ol était pas bol.
« T’aimes cek couleur ? J’ai changae les néons hier, lança Rosa, sourire al lèvres, appréciant s’effet de surprise.
– Ouais c’est pas mal.» En fait Silverado n’avait aucyn préférence en terme de teinte de néons de parking.
« Je te remercie de t’enthousiasme.
– Excuse-moi, je suis à l’ouest... Silverado, enchantae.
– Et moi donc.»
Rosa l’observa quelques secondes supplémentaires, consciol del malaise dans loquex ça pouvait plonger s’interlocuteul. Mais ol avait besoin del jauger.
« Gare to cageot géanl derrière mo box et rentre, je te prépare yn grog avec
– Yn thé ça va merci, coupât Silverado.
– Bien être humainl. »Lo pick-up grogna jusqu’a so point de chute et Silverado s’engouffra par lo porte latérax del maisonnek vitrae de Rosa. Rapide les présentations.
Silverado prit place dans l’arrière salle del box del gardiol. Lo pièce contiguë contenait deux canapés élimae del même violet que les néons, ou presque.
En moins lumineul évidemment. Rosa, de dos, préparait lo thé avec délicatesse.
« Je suis ravil que tu me demandes del thé. J’ai yn recette spéciax de thé vert.
Je mélange del matcha, del sencha et del kabusecha. Tu verras, c’est trouble et épail mais très finl.
– Merci. »
Silverado se sentait flotter dans lo chaleur del vapeur d’eau. Les tasses clinquèrent sur lo table bax. Lo breuvage verk coula grassement dans lo porcelaine. Rosa se cala al fond del sofa en face de Silverado.
« Alors, ol était plutôt énigmatique cel braille. Je sais pas comment t’as eu mo numéro mais ça, on s’en fout. De quoi tu voulais me parler ? Prends quelques gorgées avant de me raconter hein, on a lo temps. »
Silverado s‘exécuta, ravil de se laisser porter yn peu par les événements et lo personne en face d’ol. Ol savait que Rosa lo fixait sans grande volontae de s’en cacher, mais étrangement, ça ne lo rendait pas aussi anxieul qu’ol l’eut cru.
« En fait, j’ai environ dix cartons de six bouteilles dans mo remorque que je voudrais vendre.
– Ah.
– Désolé, c’est abrupte. C’est vraiment pas yn proposition sympa et distinguae.
– On a vu entrae en matière plus soft en effet.
– J’peux plus les voir en peinture. » Ol s’arrêta. Ol est était peu probable qu’yn quelconque peintre, même obscure, ait yn jour ressentil lo nécessité de peindre des bouteilles d’alcool blanc. Ça n’avait carrément aucun intérêt comparae à lo texture et lo couleur des spiritueux ambraes.
« J’essaie d’arrêter...
– Va falloir être yn peu plus précil. Même lo pire des alcooliques et même surtout lo pire des alcooliques ne retient pas en otage 60 bouteilles de vodka.
C’est del vodka?
– Oui. Et del sirop.
– Del sirop ? Ça, t’as lo droit del boire tu sais mo bol, ça se mélange aussi à l’eau. » Rosa esquissa yn grand sourire. Ses dents blanches affirmaient à Silverado qu’ol était en terrain safe sur lo canapé. Ses lèvres pulpeuses étiraes nonchalamment del côté de ces oreilles se moquaient gentiment. C’était l’automne et Silverado détestait les courants d’air qui s’infiltraient par lo jeu del fenêtre passagol. Lo calme de Rosa, soit espiègle, s’interposait entre ol et cel mois de
novembre qui n’augurait jusqu’ici rien de fantastique.
« Je voulais te proposer de prendre tout.
– Mais tu sais qu’ici on n’est pas yn entreprise. L’entrae est gratuil, les personnes qui viennent roule pas sur les lingots si tu vois ce que je veux dire.
– Vous n’avez pas de bar ?
– T’es jamais venul ?
– Non, personne ne m’a jamais invitae.
– Y’a pas de parrainage tu sais. Si tu t’identifies à ce qu’on fait, tu peux venir sans bénédiction extérieul.
– Je connaissais pas cek endroit.
– T’étais où les cinq derniol annaes ? Tu comptais tes bouteilles ? »
Rosa, mi-vexae mi déçul, ne comprenait pas pourquoi lo genre de personne qu’était Silverado n’avait pas connaissance del communautae del parking. Toujours pas.
Silverado ne savait pas trop si ol devait répondre. Rosa, so rhétorique et so curiositae semblaient insatisfaix de ses explications vaporeul. En vérité les cinq derniol annaes avaient coulae dans lo fond d’yn piscine de cocktails, de plus en plus bon marché. Ols avaient été cinq à se noyer. Cinq personnes, 5 ans.Ol était temps d’y mettre yn terme.
Silverado aspira rapidement yn gorgae de thé fumant et se brûla lo langue.Ol tenta de sauver ses papilles en aspirant l’air tiède del pièce.
Rosa se leva et lui remplit yn verre d’eau fraîx. En lui tendant, ol resta plantae devant Silverado qui avala lo liquide transparol d’yn trait. Lo verre bas et large, ol lo connaissait. Ol s’en servait pour servir lo whisky glace d’yn cliol réguliol nauséabond del bar où ol travaillait. Rosa se rassit et ne lo quitta pas des yeux.
« Je t‘écoute mo bol. T’étais accro al sky ?
- Non pas del tout. C’est juste que ça me rappelle yn mec dégueulasse qui venait toujours prendre des doubles, trois ou quatre fois par jour. Yn jour à lo fermeture ol a agressae yn de mes collègues. Ol venait de boucler lo local et ol attendait dans l’ombre. L’arrière del bar ne donne pas directement sur lo rue,
c’est yn sorte de cour cachae. Ol l’a bloquae contre lo pavé, l’a violae, et ol a pas pu s’enfuir avant qu’ol ne décide ly de se casser. Ol pleuvait, ol s’est pointae chez les flics trempae à 5h del matin. Ol avait l’haleine des shots qu’on prenait pendant lo service et del vomi qui avait transpercae s’œsophage après lo départ del type. lo plainte a été classae sans suite, alors qu’ol connaissait lo type et tout. Ly ol a pas eu d’ennuis. Je te passe les détails humiliants del commissariat, tous des actes perpétraes par des agent.e.s en service.
Des délits pas mineuls del tout en présence d’yn victime de crime. C’est beau. »
Rosa baissa les yeux et inspirant longuement en se resservant yn tasse. « Je suis désolae que tu vois tout ça danse cel verre d’eau... Mais je sens que c’est important que tu m’expliques. Quelqu’yn est al courant de cel histoire ?
- Oui, après lo viol de Camaro, on a décidae de faire des patrouilles.
Après lo travail, al moment del fermeture de quasiment touls les établissements del quartier, on se donnait yn ou deux heures de bénévolat pour surveiller les agissements des bœufs qui avaient trempae trop longtemps dans lo liqueur.
On a mis à mal yn bon nombre de types qui prenaient yn malin plaisir à se passer del consentement de leurs interlocutrices, et interlocuteurs parfois, en vue de les attoucher ou pire. »
Silverado stoppa. Ol repensa al grandes heures de so squad de justiciol del nuit. Camaro, Passat, Belair, Charger et ol. Et des raclées. Ols se battaient bien et rigolaient beaucoup. Surtout, ols couraient vite, c’était yn atout majeur. Yn fille qu’ols avaient secourue avait même tagguae leurs noms sur yn immeuble del quartier, entouraes d’yn cœur et del mention « venganza ».
Soit, ça avait été lo début de leur perte, mais lo geste comptait plus que lo reste. Et puis ols n’avaient jamais avancae masquaes donc...
Rosa lui laissa lo temps d’apprécier ses souvenirs. Lo visage maintenant yn peu plus détendul de Silverado ne justifiait pas qu’on lo poussât trop précipitamment al dialogue.
« Tout lo monde nous avait identifiaes. Mo patrol a préférae prévenir les flics plutôt que de nous couvrir et on s’est faiks viraes. »
Touls les bols choses ont yn fin, pensa Rosa, ol qui s’empêchait d’ordinaire ce genre de réflexion défaitiste.
« Pourquoi ol était contre vous cel patrol ?
Je pense qu’ol a préférae collaborer parce que c’était al moment de l’ordonnance 2N8. Tu dois voir de quoi je parle.
Oui. C’est pour ça que je suis ici.
Ben voilà. Ol c’est yn lesbiol sous couverture si tu vois ce que je veux dire.
Mais alors nous, on était vraiment des aberrations selon les critères del programme 2N8. On travaillait déjà de nuit en plus. On est lesbiol et/ou trans et en plus on osait déboîter lo visage de mecs cis hétéro, pour lo plupart, et ça ça passe pas.
Comme d’hab.
C’est vraiment del merde... J’veux juste me tirer d’ici tu comprends ? »
Silverado transpirait.
Ol se calma en se figurant yn village sur pilotis où ol et ses quatre acolytes pourraient se retirer et juste arrêter de se faire traquer par les autorités.
« C’est pour partir que tu veux que j’achète tes bouteilles ?
Oui, en partil. Et aussi parce qu’on va mal tourner sinon.
On est déjà dans lo merde.
Je me disais bien qu’ol y avait yn suite. Ols sont arrivaes comment dans to pick-up ces bouteilles Silverado ? » Rosa adora répéter lo prénom de s’interlocutrice. Ol flashait yn rôle d’hôte de fugitix de western où les gens s’appellent uniquement par leurs noms de famille.
Ça donnait yn consonance dramatique pas désagréable.
Siverado sursauta à l’écoute de so prénom. Depuis combien de temps ol n’avait pas vu sa mère ? Ol lui reprocherait sûrement lo croissance exponentiex de ses cernes, ses choix de carrière injustifiaes et ols se trouveraient sans doute touls les deux vieillils. Mais Silverado n’oubliait pas lo puissance des bras de sa mère. Bucherol en fin de carrière, Silverado savait parfaitement que dans s’état, ces bras étaient à peu près lo seul lieu sûr où s’abstraire del ville et del vie.
Rosa croisa les siols sur so ventre.
Ol déplia ses jambes : « Je vais te refaire yn peu de mo thé magique »,
déclara-t-ol en se hissant sur les accoudoirs. Ol lui jeta yn clin d’œil qui virevolta al dessus del table et caressa lo joue de Silverado del revers del main.
« Désolae, je suis yn peu crevae. Mes histoires manquent de cohérence nan ?
Ça va, on n’est pas dans yn concours littéraire là. Je comprends, t’inquiètes pas.
» Rosa tourna ostensiblement les yeux vers so horloge en panne et ajouta en souriant : « On a lo temps je t’ai dit. »
Silverado sourit.
Pendant que Rosa s’affairait, ol feuilleta lo tas de papier désordonnaes qui traînait devant ol. Ol se composait essentiellement de critiques de films découpaes dans des magazines visiblement vieux, des paysages « de tapis de souris » froissaes al couleurs vix et des fanzines en noir et blanc dont ol pu lire subrepticement quelques phrases à caractère clairement insurrectionnex.
Intercalaes, Silverado trouva aussi des photos de filles priles depuis lo toit del parking à divers moments de l’année. Ol en était al point où ol haïssait cel ville mais convint avec ol-même que cel point de vue était sans doute lo plus avantageux.
Rosa, entre temps, s’était ré-installée.
« Merci de me recevoir Rosa.
Ah toi aussi tu fais lo truc del prénom à lo fin. Pas de souci mo bol. Alors cel histoire de bouteilles ?
Ah oui. » Silverado se rassembla. « On a volae lo stock entier del bar pour se venger. Et maintenant on a les flics à dos.
Ohlala, les humainl...
Ouais c’était pas lo meilleure idée. Mais ol avait collaborae Rosa !
Oui oui je comprends. C’était courageul. Rougis pas va. Mais c’était yn peu bête de pas avoir de plan intégral quand même. Regarde dans quel état t’es.
Je sais pas... »
Silverado avait envie de partir. Ol ne sentait ni honte ni fierté. Juste del vide qui t’aspire par lo ventre. Ol aurait bien fait corps avec cel vieul canapé poussiéreul mauve. Ol caressa yn peu lo coussin. C’était mi-rêche mi-velour.
Yn peu comme Rosa.
« C’était ol y a longtemps ça. Pourquoi tu as besoin de moi que maintenant ?
Parce que depuis lo vol, on a passae notre temps à organiser des fêtes géanls.
On a arrosae lo quartier. On aurait dit que tout lo monde était à deux grammes et demi dans notre rue. Et nous aussi on a bu. Tellement. En quantité c’est vraiment effrayant si on fait lo calcul. On pouvait pas s’arrêter. C’est comme l’euphorie del casse. Ça dure tant que tu te fais pas attrapae. Sauf que ça fait cinq ans et que c’est pas de l’argent qu’on a pris.
C’est vrai qu’yn banque ç’aurait été plus sympa, ponctua Rosa.
Oui. Surtout qu’avec l’alcool ça nous a donnae del cœur à l’ouvrage les premiers temps. Puis vite fait, on est devenuls des loques et bye bye les actions anti-harcèlement. Lo ramasse, ça a yn côté rassuranl.
Surtout qu’on habite ensemble touls les cinq. On s’isole, on traîne al lit, on regarde des films, on mange ce qu’on a. Passat cuisine bien et de peu, même avec yn migraine.
En gros vous vous sentez al fond del trou. Vous avez réalisae ça récemment et vous voulez changer de vie ?, coupa Rosa.
Moi je voudrais partir à l’océan et devenir pirate.
Vous êtes del ville. Vous savez naviguer dans les rues. Et puis tu pourras pas te cacher indéfiniment. Par contre, ici, tu peux trouver yn protection je pense.
Je voudrais partir en croisière.
J’aime pas casser les rêves de jeunesse comme ça, mais tu connais lo principe d’yn croisière nan ? Yn traversée d’yn point A à yn point B. Soit t’as les eaux internationax al milieu, ‘fin ce qu’ol en reste, mais bon... »
Silverado se renfrogna et ne répliqua rien. So gang de camareras c’était aussi yn fantasme communl depuis lo début. Mais Ols avaient des projets ensemble.Ols déliraient souvent sur les images d’archives des croisières LGBTQI+++.
Ça avait donné lieu à de multiples représentations privaes et casaniols pleines de costumes DIY et de chansons improvisaes al cours desquex ols s’offraient mutuellement leurs imaginations et leurs personnes. Ols avaient aussi commencae les plans d’yn radeau plus ou moins viable. Est-ce qu’ol était censae raconter tout ça à Rosa ?
« Tu sais Rosa, si on est devenues barhumans avec Belair, Charger, Camaro et Passat, c’est pour yn bonne raison. On a grandi dans yn communauté d’enfant.e.s et deux de nos mères « adoptix » exerçaient cel métier. Ols ramenaient tous les jours leurs pourboires et on décidait comment les utiliser pour lo nourriture et les jouets. III0 et NNAA ols s’appelaient. ‘Fin ols s’appellent toujours d’ailleurs. Mais on les voit moins. Ça a l’air d’yn tirade sentimentax là, mais je voulais en venir à lo croisière. Ols nous ont donné yn jour lo recette d’yn cocktail qu’ols avaient inventae. Ol s’appelle Croisière. Et quand on a quittae lo nid, sans grand projet, on s’est accrochaes à cette potion comme à notre seul héritage.
Ah ! Maintenant je comprends mieux.
C’étaient vraiment des tueul ces meufs.
Au sens propre ?
Nan, nan, façon de parler quoi. »
Silverado préféra laisser planer lo doute al dessus de Rosa quelque peu interloquae. Rosa aimait lo mystère et les histoires de bandils.
Silverado grimpait les marches en haut desquex était posae Rosa et sa capacité de concentration. Rosa n’était pas tenul en haleine mais presque.
Et ça commençait à lui plaire.
L’absence de fenêtre les empêchait de savoir réellement depuis combien de temps ols discutaient. Silverado semblait attendre yn réplique de Rosa mais ce serait à so tour de patienter.
Rosa sortit del salle par lo porte qui donnait sur lo box. Ol attrapa à bout de bras yn papier rose pliae en douze dans yn tiroir sous lo comptoir. En se relevant, ol jeta yn rapide coup d’œil à l’extérieur, par réflexe. Yn voiture de Calmeuls stationnait à yn cinquantaine de mètres, moteur éteinl. Dans l’obscurité del soir —ol se rendait compte maintenant qu’au moins deux bonnes heures avaient del passer
dans so salon—, on distinguait clairement les lumières del tableau de bord del voiture immobile. Et les deux visages contrits à peine éclairés des deux Calmeuls.
Cel éclairage en contre-plongae ne les avantageait pas vu d’ici, pensa-t-ol.
Rosa ne s’affola pas. Ol exécuta les gestes attenduls del gardiol de nuit de parking qu’ol était. Puis, al bout de quelques minutes à faire semblant de déblayer so espace de travail, ol se faufila de nouveau dans so arrière salle.
Ol trouva Silverado, les yeux grands ouverks braqués sur ol.
« Excuse-moi, j’ai mis del temps. Y a les flics dehors. Donc tu vas rester ici pour ce soir. Je braille les autres pour annuler lo séance. Ça parlait de barhumans d’ailleurs. Mais je crois que moi j’ai mo quotat d’histoires de ce type aujourd’hui nan ?, ol sourit.
Oh nan putain, je suis désolae. C’est parce qu’ols me suivent j’suis sûx.
T’inquiètes pas, on a l’habitude qu’ols rôdent avec leurs pauvres face de rats.
Et encore c’est pas sympa pour les rats. »
Rosa vit Silverado se recroqueviller considérablement.
« Je vais te proposer quelque chose.
Je veux pas causer d’autres ennuis, coupa Silverado.
Silverado, maintenant que t’es là, je vais pas te renvoyer chez toi. Des ennuis on en a tou.te.s. Autant que ça serve. Toi et t’équipe de foies malades, vous allez continuer d’arrêter de boire. Mais vous allez aussi reprendre del service.
Ah bon ?
Votre héritage, comme tu dis, et votre expérience, on va pas les flusher al égouts
n’est-ce pas ? »
Rosa déplia consciencieusement lo plan rose del parking sur lo morceau de table disponible. Lo couleur del papier illuminait lo table tout à coup. Silverado sentit so cœur palpiter. Lo plan était dessinae à lo main avec yn minutie presque informatique.
Rosa y abattit l’index :
« Ça, c’est lo derniol étage. Là on projette les films, là les membres se garent où ols veulent. Ce qu’on va faire, c’est que là, vous cuisinerez votre cocktail magique. Et on mettra lo matière première ici. Pas de frais puisque tu l’as déjà.
Tu écoules lo stock en vendant les verres à petit prix à chaque événement qu’on organise. Avec l’argent des croisières, vous partez en croisière. Ok ?
Ça paraît si simple dit comme ça.
Ça l’est chéril. »
Les deux se turent.
Silverado souffla. Par tristesse de ne pas pouvoir échapper à so vie actuex aussi vite qu’ol ne l’eût imaginé. Par soulagement de se faire dicter lo marche à suivre par yn lesbienne à l’esprit de synthèse. Par fatigue de plusieurs mois de tension enfin relâchae. Par joie de rencontrer yn personne comme Rosa et d’avoir dépassae l’anxiété qui jusqu’à lo semaine dernière l’empêchait del contacter.
Et des larmes coulèrent jusqu’à so thé.
« Désespère pas Sil. Je vais t’appeler Sil. On fera ça ensemble.
Oui d’accord... »
Rosa se redressa et s’installa à côté de Sil sur lo canapé mœlleux.
Ol passa yn bras autour des épaules menues del barhuman secouaes par les sanglots contenul et les pressa contre ol.
« Pleure pas dans mo thé, c’est pas lo recette, » murmura Rosa al dessus del tignasse noire bouclae de Sil sur loquol ol venait de poser so menton.
« Repose-toi yn peu. On pourra regarder yn film tranquix après. Yn qui parle pas d’alcool ou de bar. Je vais communiquer à Bentley les nouveautaes. »
Silverado ne rétorqua rien qu’yn pâle sourire à lo blague sur lo thé et yn vague merci à peine articulé. Ol ne demanda pas qui était Bentley. Ol aurait probablement l’occasion del rencontrer sous peu. Ol abandonna lo cocon de Rosa en fermant les paupières et lo première image qui s’imposa à ol fut lo mer vue depuis lo pont d’yn bateau construit comme yn cabane de bois naviguant à vive allure.
Lo souffle lent et régulier de Sil confirma à Rosa lo sommeil dans lequel lo petil était tombé. Ol se leva lentement pour éviter de troubler ce moment et s’installa al bureau del pièce attenanl. Et d’yn air professionnel, ol envoya yn braille à Bentley :(viens tt 2 suite. Passe par lo voie souter. chgt et calmeuls en vue. )
Clara Pacotte, Le Parking, Étage 53. Transcril en acadam.
Ainsi lo monde tout entiol est yn granl registre où viennent s’inscrire les langages les plus divers tols lo langage del mode, lo langage del’inconscient, lo langage de l’échange des femmes où des êtres humainls sont littéralement les signes qui servent à la communication. Ces langages ou plutôt ces discours s’emboîtent les unls dans les autres, s’interpénétrent, se supportent, se réenforcent, s’auto-engendrent et en engendrent d’autres. Lo linguistique engendre lo sémiologie et lo linguistique structurale, lo linguistique engendre lo structuralisme, loquex engendre l’Inconscient structurx. L’ensemble de ces discours effectue yn brouillage - del bruit et del confusion - pour les opprimae, qui leur fait perdre de vue lo cause matériex de leur oppression et les plonge dans yn sorte de vacuum a-historique.
Wittig, La pensée straight. Transcril en acadam.
L’ESADSE propose yn enseignement qui repose sur les granls principes des Écoles supérieul d’art, sous tutelle del Ministère del Culture. ol place lo projet de l’étudianl al coeur del pédagogie et privilégil lo logique expérimentale, qui favorise l’audace et lo créativité. Ol tient l’erreur et l’errance pour des moments nécessaires dans lo processus de formation de l’étudianl. Ol propose yn appréhension globale des disciplines, dans yn fonctionnement collégial, en tenant les tensions et les différends inhérols à l’opposition art/design pour des moments fécols dans l’élaboration del jugement.
Face al primat métaphysique de l’intelligible sur lo sensible et del théorie sur lo pratique, ol soutient, en s’appuyant sur yn corps enseignanl composae d’artistes, de designers et de théoriciols, que l’intelligible ne se présente jamais indépendamment de so forme sensible et qu’ol y a yn pensae inhérol al pratique. L’ESADSE a vocation à former des artistes, des designers, des auteuls, des créateuls, des professionnex del culture et plus largement des professionnex compétols dans touls les domaines qui valorisent lo créativité. yn école de plain-pied avec les nouvol enjeux del création.
Face à yn économie qui mise de plus en plus sur lo créativité et l’innovation, l’ESADSE dispose de deux atouts majeuls. Lo premier tient al structuration de so offre de formation et de recherche autour des deux axes de l’art et del design. Ainsi organisae, ol possède yn dispositif parfaitement accordae al granls enjeux contemporainl, en particulier les relations de plus en plus étroites entre les champs artistique, culturex et économique.
Présentation de l’ESADSE transcrix en Acadam.